Concertation projets énergies renouvelables : toujours nécessaire ?

La concertation des projets d’énergies renouvelables est souvent présentée comme une étape incontournable pour garantir l’acceptabilité locale. Pourtant, selon le contexte territorial, le stade d’avancement du projet et les objectifs poursuivis, cette démarche n’est pas toujours pertinente ni efficace.
Faut-il alors concerter systématiquement, ou adapter la stratégie de dialogue aux risques réels de contestation ? Cette question était au cœur du webinaire que j’ai animé le 7 novembre 2025, réunissant plus de 200 participants, afin de proposer une approche stratégique fondée sur l’anticipation et l’analyse de l’acceptabilité territoriale.

1. Concertation des projets d’énergies renouvelables : une démarche toujours pertinente ?


Le titre volontairement provocateur du webinaire posait une question stratégique centrale : faut-il systématiquement lancer une concertation, quelle que soit la nature du projet ou son contexte ? Et surtout, dans quel objectif précis ?

Aujourd’hui, de nombreux porteurs de projets engagent des démarches participatives par réflexe. Ils répondent à une contrainte réglementaire ou cherchent avant tout à prévenir les oppositions. Dans ce cadre, les porteurs de projets mettent souvent en place la concertation sans objectif clairement défini.

Or, lorsqu’elle n’est pas adossée à une intention explicite, la concertation peut rapidement devenir un simple outil de communication. Les acteurs du territoire perçoivent alors la concertation comme artificielle, voire manipulatrice.

Deux objectifs fondamentaux peuvent justifier une démarche de dialogue :

  • Obtenir une adhésion locale forte : le projet n’est pas seulement accepté, il est compris et soutenu.
  • Éviter ou limiter les contestations : oppositions structurées, recours juridiques ou pressions politiques locales.

    La question clé n’est donc pas « Comment organiser une concertation ? », mais bien « Pourquoi dialoguer avec le territoire à ce stade du projet ? ». Une fois cette question tranchée, le « comment », le « qui », le « quand » et le « où » trouvent naturellement leur place.

    2. Trois leviers essentiels pour comprendre l’acceptabilité locale


    L’acceptabilité d’un projet n’est jamais uniquement liée à ses caractéristiques techniques. Elle repose sur trois piliers fondamentaux, identifiés à travers des années de recherche et de retour d’expérience terrain :

    Le projet lui-même
    Les acteurs locaux évaluent un projet à deux niveaux. Le premier concerne ses caractéristiques visibles : techniques, économiques et réglementaires. Le second, souvent sous-estimé, renvoie à la manière dont le projet est conçu et porté.

    • Justice procédurale : Comment les acteurs ont-ils pris les décisions, et selon quelle logique ?
    • Justice distributive : comment les avantages et les inconvénients du projet sont-ils répartis ?
    • Justice interactionnelle : les parties prenantes ont-elles été traitées avec respect, ont-elles reçu une information équitable ?



    Le territoire
    Le territoire ne se résume pas à un espace géographique. Il porte une mémoire collective, des conflits passés, des équilibres politiques et des représentations sociales spécifiques. On ne peut pas changer un territoire, mais on peut apprendre à le lire : comprendre ses sensibilités, ses acteurs influents, ses zones de crispation, ses équilibres institutionnels.

    Les perceptions
    La manière dont un projet est perçu pèse souvent davantage que ses caractéristiques objectives. Pertinence, crédibilité, équité, transparence et ancrage local constituent les cinq critères cognitifs à travers lesquels les habitants évaluent un projet. Ce prisme émotionnel et culturel conditionne fortement leur attitude : indifférence, curiosité, soutien, opposition.

    3. Deux étapes pour sécuriser l’adhésion territoriale


    Plutôt que d’enclencher prématurément une concertation, je recommande de suivre une démarche en deux étapes, qui permet de calibrer finement la stratégie de dialogue.
    Première étape : le diagnostic d’acceptabilité
    Dès la phase d’opportunité ou de sécurisation foncière, sans même entrer en contact avec les acteurs locaux, il est possible de conduire un diagnostic prédictif. Ce diagnostic permet d’évaluer trois éléments :

    • Le respect des 3 J par le projet tel qu’il est conçu ;
    • Les perceptions probables du projet par les riverains, élus et autres parties prenantes ;
    • La sensibilité du territoire, en termes de capacité de mobilisation et de niveau d’enjeux locaux.

    Ce diagnostic permet d’estimer le niveau de risque de contestation, classé de très faible à critique. Il permet ainsi d’anticiper les tensions potentielles, de détecter les signaux faibles d’opposition et d’éviter les erreurs stratégiques dès l’amont.

    Deuxième étape : ajustement stratégique du projet
    En fonction du niveau de risque identifié, le projet peut être ajusté, non pas uniquement sur ses paramètres techniques, mais surtout sur ses dimensions relationnelles, décisionnelles et territoriales. C’est souvent là que réside la clé de l’acceptabilité.
    On peut également adapter le niveau et la nature du dialogue : parfois une simple rencontre ciblée avec les élus ou une visite informelle suffit ; dans d’autres cas, il est nécessaire d’organiser des comités de dialogue structurés, des expositions d’information, voire une médiation territoriale.

    4. Adapter le dialogue au niveau de risque


    Ce que montre notre expérience, c’est qu’il ne faut pas déployer les mêmes outils partout. La stratégie de concertation doit s’adapter au niveau de risque et à la configuration du territoire.
    Dans des zones où le risque de contestation est très faible, un ajustement par l’équipe projet, quelques rencontres ciblées et une communication transparente peuvent suffire à garantir l’adhésion. En revanche, dans des territoires sensibles ou marqués par une histoire de conflit, il devient nécessaire de :

    Prévoir des dispositifs de dialogue approfondi : comité de dialogue, permanence d’information, exposition interactive ;
    Démontrer son engagement dans un dialogue sincère par un registre de réponses exhaustives aux questions soulevées localement ;
    Anticiper une éventuelle communication de crise si la situation se tend.

    Encore une fois, le secret n’est pas dans les outils, mais dans la stratégie. Une méthode d’animation même brillante sera inutile si elle est mal calibrée ou déclenchée trop tard.

    5. Une approche qui donne des résultats mesurables


    Depuis 15 ans, nous avons appliqué cette approche sur des dizaines de projets d’énergies renouvelables, d’aménagement du territoire ou d’installations sensibles. Les résultats montrent clairement que :

    • 90 % des projets accompagnés ont obtenu leurs autorisations sans blocage majeur ;
    • 30 % des oppositions ont été évitées grâce à l’anticipation des points de tension ;
    • 40 % des opposants ont changé de position, en découvrant un projet ajusté et porté de manière transparente ;
    • Et surtout, les porteurs de projets ont gagné entre 6 et 18 mois sur leurs délais de développement, en réduisant les recours et les temps d’instruction.

    Ce n’est pas une méthode miracle, mais une méthode rationnelle, basée sur une lecture fine des territoires et une éthique de la relation avec les parties prenantes.

    Conclusion : Réinventer l’amont du projet


    Ce webinaire nous a rappelé une vérité simple mais trop souvent négligée : le succès d’un projet ne se joue pas uniquement sur sa rentabilité ou sa conformité réglementaire, mais sur sa capacité à s’insérer dans un territoire vivant, habité, complexe.
    La concertation est un outil. Elle n’est ni obligatoire, ni inutile. Elle est parfois salutaire, parfois inadaptée. Tout dépend du contexte, des objectifs et du moment. Ce qui compte, c’est de construire une stratégie territoriale d’adhésion, qui donne du sens au dialogue, et transforme le territoire en partenaire, plutôt qu’en adversaire.


    Pour aller plus loin : un rendez-vous offert pour échanger
    Si vous accompagnez un projet et que vous souhaitez évaluer votre niveau de risque, ou simplement discuter de la meilleure stratégie de dialogue possible, je vous propose un échange personnalisé de 30 minutes.
    👉 Écrivez-moi à philippevervier@acceptablesavenirs.fr👉 Ou prenez rendez-vous directement via ce lien https://calendly.com/acceptablesavenirs/30min
    C’estconfidentiel et sans engagement. En 30 minutes, nous pouvons souvent dégager les premières pistes concrètes pour sécuriser un projet et éviter bien des erreurs coûteuses.
    À très bientôt pour échanger sur vos projets,
    Et surtout, prenez le temps d’anticiper : c’est le meilleur levier d’acceptabilité.
    Philippe Vervier Fondateur – Acceptables Avenirs

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